Son nom, Adil Toufik. Sa mission, tenter de convaincre des adeptes du tajine au kefta qu’un morceau de poisson cru enroulé dans une algue, ce n’est pas si exotique que ça. Rencontre avec l’un des gérants du Thaï Sushi, restaurant chic et classe au cœur de Casablanca.
Est-ce que le sushi séduit au Maroc ? Tout dépend de quel Maroc on parle. Adil doit l’admettre, il y a encore beaucoup de travail avant que le sushi ne soit démocratisé. « Pour beaucoup de marocains moyens, c’est un produit de luxe. » Il y a cinq ans, pour en manger, il fallait voyager. « Ceux qui n’ont pas eu la chance de quitter le Maroc n’ont pas pu le découvrir, et maintenant, ils hésitent à mettre les pieds dans un restaurant de sushi car ils ne connaissent pas. » Sa cible, finalement, se résume à 15 ou 20% de la population de la ville. Ceux qui ont les moyens, et qui n’ont pas froid aux yeux.
Faire manger du poisson cru avec du riz à un marocain, explique Adil, est un véritable sacerdoce. Le poisson d’un côté, le riz de l’autre, aucun problème. Mais dès que les deux sont réunis ensemble, ça coince. « Même avec des amis à moi, avoue Adil, des gens de la classe moyenne, je dois me battre pour leur faire goûter. Alors j’y vais progressivement ».
Sa technique, c’est de contourner ce qui fait peur, le poisson cru. Car oui, un sushi ne se résume pas à un poisson découpé en carré au milieu d’un bloc de riz. « Il y a beaucoup d’autres possibilités, comme par exemple le crabe, ou les crevettes frites. »
Alors, le sushi victime de ses clichés ? Son image est sa pire ennemie. Combien savent que les pays qui en raffolent le plus sont le Brésil et le Venezuela, par exemple ? Chaque nation s’est ainsi emparée de la tradition japonaise, avant de la mettre au goût du jour et de l’adapter à ses propres goûts. « Résultat, dans tous les restaurants, il y a en général une carte tradition, et une carte de cuisine fusion, où les sushis, élaborés, sont imprégnés de cuisine locale. » Vous pensiez vraiment que l’homme qui a inventé le « California Roll » vivait sur les cotes japonaises ?
Après la vulgarisation, Adil et ses quatre associés veulent aussi miser sur les prix. Faire du sushi autre chose qu’un produit de luxe. « Bien sûr, ce sera toujours plus cher que certains plats traditionnels, reconnaît-il, mais on peut s’en tirer avec un menu complet à 150 dirhams. » Il affirme haut et fort qu’il est l’un des moins chers de Casablanca, mais reconnaît qu’il y a encore des efforts à faire. Adil sourit. « Mon objectif, c’est qu’un jour, il y ait autant de Sushis que de restaurants italiens. »
Info pratique : Le Thaï Sushi, 35 rue Hassan Souktani, quartier Gauthier, Casablanca


