Les arrivistes Arrivés

Comme toute femme qui se respecte, Miss Casa fait attention à son look, sa tenue, et son  comportement.

Elle n’a pas suivi de cours de savoir-être, mais pour elle, élégance rime souvent avec  simplicité. Malheureusement, à Casa, tout le monde n’a pas la même vision des choses. Le  bling-bling est à la mode, et les arrivistes sont partout.

Monsieur et Madame Arriviste sortent toujours aux mêmes endroits, fréquentent toujours  les mêmes personnes, et respectent toujours les mêmes codes. Miss Casa, pour en avoir  connus plusieurs, sait les reconnaître les yeux fermés.La pimbêche casablancaise, c’est cette blondasse qui garde ses lunettes de soleil au supermarché et qui vous double à la caisse sans même s’excuser, sous prétexte que vous ne faîtes pas partie du même monde.

Elle se réveille à 9h, prend son petit déjeuner sur la Corniche avec ses copines à 10h, va faire son sport à 11h, pour finir chez l’esthéticienne à midi. Au restaurant, elle commande « une salade llay khellik » et perd un à deux kilos tous les soirs rien qu’en se démaquillant.

Végétarienne le jour, elle dévore de la viande saignante la nuit, sauce testostérone. Les hommes, elle les aime jeunes, beaux et riches. Elle roule en Mini Cooper, collectionne les faux sacs Vuitton (même traitement pour celles qui peuvent se permettre les vrais!) et fume des Marlboro Light parce que le paquet est assorti à leur string.

Ambitieuse jusqu’au bout de ses ongles french-manucurés, elle veut être femme d’affaires comme papa, rêve de faire la couverture de Hola Maroc et pense à repasser son brevet des collèges un jour, question de garnir un peu son CV!

Elle parle fort, et en français exclusivement, sauf à ses domestiques de maison, race inférieure… Elle est capable d’acheter un sac de luxe au prix conséquent, mais marchande tous les prix inférieurs à dix dirhams.

Côté garçons, Bogoss Casa circule en gros 4×4 clinquant, option quatre pots d’échappement, vitrage teinté, et musique lounge pour le côté branchouille. Ecolo parce que c’est à la mode, il a opté pour la version essence mais préfère du Diesel pour mouler ses fesses.

Sans complexe aucun, il n’a pas étudié toute sa vie. Il a repris l’affaire familiale, et dit « comme même » et « ils croivent que ». Il traîne de soirée en soirée, fume le cigare et cultive les mondanités à coups de parties de poker et d’excursions en carrés VIP.

Spécialiste du sex-appeal, il a décrété que le poil était vulgaire. Du coup, il s’épile le torse et sous les bras. Ce qu’il ne sait pas cependant c’est qu’il ressemble beaucoup moins à un demi-dieu grec qu’à une star du porno italien!

Miss Casa, avec sa voiture d’avant-guerre, ses vêtements chinés dans des endroits improbables et ses cheveux en pétard, ne supporte plus de vivre dans cet univers où la valeur des gens s’évalue à leur nom de famille, le prix de leur sac à main, ou le montant de leur héritage. Elle rêve de spontanéité et d’authenticité dans les rapports.

Plutôt qu’Hola Maroc, elle préfère relire des contes pour enfants qui la font plus rêver. «C’est que l’habit, la mine et la jeunesse, pour inspirer de la tendresse, n’en sont pas des moyens toujours indifférents», dixit Charles Perrault dans Le Chat Botté. Une phrase qui s’adapte parfaitement à cette classe de Casablancais… Sauf que le Chat Botté, en plus de ses bottes à 4000 balles, avait de la classe, lui!

Casacity manque de simplicity et les Casablancais font les kékés. Faire comme tout le monde pour paraître bien. Mais quand l’arrivisme est arrivé, le raffinement est ailleurs…

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