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« LES GARS DU BLED » – Diplômés et Chômeurs

Le nouveau film de Mohamed Ismaïl vous parle tout bas et vous regarde droit dans les yeux. Il vous montre ce qui peut arriver. Ce qui est déjà arrivé.

Les gars du bled. C’est une expression qui sonne familièrement. On a l’impression de les connaître déjà. Après tout, pour un grand nombre, ils pourraient être des cousins, des oncles, des frères, des amis. Les gars du bled sont à l’âge où l’on fait des choix déterminants. Ils viennent d’obtenir leurs diplômes. Avec ces choix, on devient ce que l’on veut devenir, ou ce que l’on peut devenir. Le réalisateur Mohamed Ismaïl s’est posé à un endroit précis. Il a regardé ses trois personnages se débattre dans un contexte particulier et difficile ; celui du chômage, celui du diplôme, bon à encadrer.

M’Faddal, Abdeslam et Abdelhamid viennent tous du même village « Oued Laou ». Aucun d’entre eux n’a envie d’y retourner, un seul se sent la force de persister dans la capitale. Trois profils, trois choix, trois décisions, trois destins. M’Faddal choisit de se battre par le biais de la résistance, de la politique estudiantine avant de rejoindre le milieux de la drogue. Abdelhamid préfère rejoindre les rangs des leaders extrémistes musulmans de la région. Abdeslam se résout rapidement à jouer avec les cartes du bled ; il achète une fourgonnette et se lance dans le transport public de Oued Laou. Ces trois jeunes, instruits et forts oscillent entre l’espoir d’un idéal et la résignation. Les gars du bled s’adresse à tous ceux qui restent. Tous ceux qui ne s’embarquent pas dans une barque d’infortune ou dans un avion lowcost, visa longue durée à la main ou encore double nationalité. Tous ceux qui, venus de loin, nourrissent le rêve de devenir un peu plus que les leurs, drapeaux plantés dans les grandes villes pleines de promesses.

Mohamed Ismaïl a imaginé ces trois voies là. Les pièges les plus évidents sont mis en mouvement jusqu’à l’issue finale. Il vous offre à contrario l’occasion d’imaginer d’autres issues possibles pour s’en sortir. Un peu comme s’il vous offrait en image trois anti exemples. Trois possibilités que l’on pense réservées au moins instruits, alors que précisément, elles sont tapies, cachées là, mesquines, prêtes à sourire innocemment aux victimes du chômage et de la désillusion. Sous pression, affaiblis, à court d’idées, en proie à des sentiments tels que la culpabilité, l’amour ou encore à la peur.

Quelque soit les conséquences des choix de ces trois amis, le regard posé sur leurs histoires est un regard bienveillant. Il ne juge pas. Il comprend mais il est désolé, peut-être même désespéré. On retrouve dans ce trio un goût pour la fatalité. En sortant de la salle obscure, après s’être laissés embarqués par cette réalité, une seule envie ; celle de penser que non, ça ne se passera pas comme ça. Le libre arbitre réapparait ainsi, avec espoir.

Camille Lancesseur