Comme souvent après le travail, Miss Casa rejoint ses copines dans un des cafés huppés de la ville, pour un debriefing de fin de journée. Comme il commence à faire beau, rien de tel qu’un petit moment en terrasse.
Comme à chaque fois, elle passe un bon quart d’heure à la recherche d’une place convenable pour sa petite citadine. Que ce soit au Maarif, Porte d’Anfa ou sur la Corniche, difficile voire impossible de se garer en un rien de temps. Donc mieux vaut ne pas être en retard. Pas de chance pour notre miss, en retard elle l’est, et largement!
Une fois sur place, elle tente de localiser la table de ses amies. Facile a priori, grâce à la crinière dorée de Lamia, et au sac non moins tape-à-l’œil de Dounia. La difficulté, c’est que dans ce genre d’endroits, toutes les filles sont blondes et ne se montrent jamais sans leur Louis Vuitton à damier, même contrefait, pourvu qu’elles se fondent dans la masse.
En général, ce genre d’endroits est conçu de sorte que chaque nouveau client qui fait son entrée est tout de suite repéré par tous. C’est la culture du « M’as-tu vu? », et donc point de vue ambiance, c’est tout vu.
Du coup, une fois arrivée sur place, notre miss traverse l’allée de ce fameuse villa art déco transformée en café. Perchées sur ses talons aiguilles, elle espère juste ne pas se vautrer en public, version gamelle de la gazelle, question de ne pas faire demain la une des ragots de la jet set casablancaise.
Une fois ses copines localisées, une autre épreuve l’attend. Quelques mètres dans les cafés branchés casablancais peuvent correspondre à plusieurs kilomètres, tant le nombre d’escales peut être élevé parfois. Effectivement, dans ce genre d’endroits, aussi vastes puissent-ils être, le monde est petit, et tout le monde connait tout le monde.
Aujourd’hui par exemple, Miss Casa va croiser sa voisine, un cousin éloigné, son patron, et même la cousine du patron, si on ne compte pas l’amie d’enfance à qui il va falloir consacrer 5 bonnes minutes à coups de « Qu’est-ce que tu deviens? Tbarkellah tes enfants sont adorables! » et cet ex insupportable qu’on aimerait bien faire castrer des cordes vocales (« Je me marie cet été. Et toi, toujours seule j’imagine? »).
Miss Casa réussit tant bien que mal à traverser cette zone de turbulences, et va retrouver ses amies. Alors que Lamia réclame son soda à 50 dirhams , Dounia fait remarquer que Amine B. est à la table derrière, que Salima T. vient d’entrer aux bras d’un nouvelle proie, et que Ghizlane A. est habillée comme une schtroumpfette aujourd’hui. Tant de sujets certes distrayants, mais que Miss Casa a de plus en plus de mal à savourer.
Elle aimerait juste partager un petit moment avec les gens qu’elle apprécie, en toute simplicité, en profitant des prémices des saisons gaies, autour d’un petit verre qui ne lui coûterait pas la moitié de sa paye quotidienne, sans avoir à subir le regard des curieux ni leurs commérages.
Que ce soit chez « Popol », « Fauchés » ou « Leleur », les gens viennent pour « se faire voir ». L’arrivisme est dans l’air du temps, et le climat est à l’ostentation. Toujours se sentir obligé d’aller aux mêmes endroits, toujours rencontrer les mêmes personnes, et toujours devoir se plier à la dictature du superficiel et de son cousin le superflu.
Casa tu te la pètes, Casa tu en fais trop! Pas que tu sois laide dans tes escarpins de princesse, mais on aimerait te voir aussi en jean et baskets confortables. Tu n’en seras que plus détendue, et tu n’en paraîtras que plus belle…