Comme tous les matins, 8h pétantes, Miss Casa s’installe dans sa petite Picanto couleur vert gazon. Destination: le bureau.
Comme tous les matins, elle prévoit 30 bonnes minutes pour traverser la ville, et comme tous les matins, elle arrive au bureau avec une bonne dizaine de minutes de retard. Pas étonnant quand on habite Casa, où circulation rime avec aliénation…
Avant d’acheter sa voiture, Miss Casa avait déjà tout essayé: les transports en commun, beaucoup trop irréguliers quand on tient à garder son boulot; la moto, véritable appel au viol dès qu’on ose porter une jupe ou une robe; et le numéro 11 (soit à pied pour ceux qui n’auraient pas capté), suicidaire quand on doit traverser deux quartiers chauds de la ville pour se rendre à son travail.
Elle a donc vite compris que le seul véhicule décent pour non détendeur de testicules reste la voiture.
Sa petite voiture, finalement elle l’aime bien. Le plein d’essence lui coûte le tiers de son salaire, et les allers-retours chez le mécanicien le tiers de son temps libre, mais que serait-elle sans elle? Une âme errante à la recherche d’un rare taxi disponible, ou une petite créature vouée à se faire pincer les fesses dans le bus.
Ce matin, elle a décidé de rester zen au volant. Ni l’enfoiré qui la doublera par la droite, ni le fait de passer quatre fois au même feu rouge ne la fera réagir. Pas même le troupeau de moutons qui traversera ce grand boulevard, version suicide ovin collectif. Zen, inatteignable. elle trace son chemin, sur un fond de musique électro, de quoi lui donner la pêche de bon matin, mais surtout pour ne pas entendre qu’on la klaxonne alors que le feu n’est même pas encore passé au vert. Ce matin elle accepte tout: dos d’ânes, bouchons, effluves de carburant et autres plaisirs de la vie à quatre roues.
Autour d’elles, des visages de conducteurs crispés et d’enfants à moitié réveillés. A 8h du matin déjà, les gens sont aussi fatigués qu’à 18h leur journée finie…
8h35, notre Miss commence à être en retard. Elle grille le premier stop, puis le deuxième et passe au feu orange. C’est à ce moment qu’une créature d’allure ovoïde fait son apparition. Non ce n’est pas un Teletubbies qui fait du stop mais Bouchaïb, l’agent de police type, moustachu, bedonnant et sarcastique. Elle sort directement ses papiers et un petit billet vert, car elle n’a plus de temps à consacrer à des négociations de paix…Bouchaïb est satisfait, il la laisse filer. Circulation rime décidément aussi avec Corruption…
Dans ce genre de situations, Bouchaïb et ses amis sont toujours disponibles, par contre, pour faire la circulation, ils sont déjà nettement moins présents, certainement occupés à compter leurs petits « billets doux ».
Miss Casa relativise et ne veut voir que le bon côté des choses, bien que c’est tout ce qu’elle avait sur elle pour déjeuner ce midi. Son sandwich poulet-crudités, c’est Bouchaïb qui se l’empiffrera!
Ceci est une pure fiction et Miss Casa est presque un personnage fictif… Que celui qui garde autant de calme au volant à Casa lui jette la première pierre. Conduire dans cette ville est devenu un exploit en terme de patience, de sang-froid et de sécurité.
Malgré toute sa bonne volonté, Miss Casa arrive en retard au bureau, à cours d’excuses bidons, les cheveux en pétard, et l’humeur assortie…
Dans sa tête résonnent encore les coups de klaxons, tous les noms d’oiseaux qu’elle a essuyés depuis chez elle, et la voix sirupeuse de ce cher Bouchaïb…
Casa tu es chienne. Notamment aux heures de pointe et à chaque coin de rue. Tu nous fatigues et nous vieillis, mais comment te fuir, alors que toi seule nous nourris?