Myriam Sif : La voix qui soigne

Lorsqu’on l’écoute parler, Myriam Sif a une voix apaisante, on se laisse emporter par sa douce mélodie. Surtout connue pour ses envolées lyriques, la belle marocaine d’origine berbère, hongroise et bosniaque possède d’autres cordes à son arc : création d’un orchestre symphonique amazigh, préparation d’un album solo et surtout implantation de la musicothérapie. Tout un programme…

Casawaves : Depuis quelques mois, vous travaillez sur la création d’un orchestre symphonique amazigh. Parlez-nous-en.

Myriam Sif : Avec le chercheur Omar Amarir, nous avons réuni cinquante musiciens afin de créer un orchestre qui va remettre à jour la musique rways, ses instruments et ses danses. Récemment, nous avons fait une représentation au théâtre national Mohammed V à l’occasion de l’anniversaire de la création de l’IRCAM. Avec l’orchestre (qui avait été réduit à une formation de 12 personnes pour l’occasion), nous avons donné une représentation. Parmi les morceaux, nous avons produit une rencontre entre un air d’opéra, « Por gi Amor » de Mozart, que j’ai interprété et la musique rways.
CW : Comment sauvegarder cette culture ?

MS : Avec Omar Amarir, nous sommes en train d’écrire un recueil sur nos rencontres, autour de notre collecte d’information sur la musique rways. Lui me parle de la tradition, et moi j’essaie d’apporter des choses nouvelles. C’est une tradition orale, il n’y a rien sur papier. Il faut aller sur le terrain, afin d’enregistrer des chants anciens, de sauvegarder certains instruments disparus, des rebabs notamment. L’objectif est de prendre en compte ces traditions, de garder la structure traditionnelle de la musique, et de rendre le reste plus contemporain. Nous sommes d’ailleurs en train de composer une chanson qui parle de l’origine des berbères. C’est un hommage à cette culture marocaine, ce trésor caché et pas valorisé. Nous devrions enregistrer le morceau en décembre.

CW : En parallèle, vous travaillez sur votre propre album …

MS : Je travaille avec le compositeur croate Stéphane Lukacic. On espère avoir terminé au printemps 2010. J’ai envie de faire quelque chose qui me correspond. Je n’ai pas envie d’avoir l’étiquette de chanteuse d’opéra. Je ne suis pas que ça. Dans cet album je vais mettre de la musique berbère et européenne, de l’opéra, du contemporain… J’ai envie de parler des choses de la vie, de sujets de société, mais sur un ton frais et humoristique. Je veux m’inspirer des bruits de la nature. C’est en continuité avec mon travail sur la musicothérapie.

CW : A ce propos, vous êtes la première marocaine diplômée du Centre international de Musicothérapie de Paris à mettre en place des ateliers au Maroc. De quoi s’agit-il ?

MS : L’idée, c’est de voir comment le travail sur l’expression corporelle, la voix, et l’improvisation avec des instruments permet de contribuer à l’amélioration du bien-être physique et psychique. Je suis actuellement en plein travail de recherche autour de la voix, du corps, du rythme et de ses conséquences sur le développement de l’enfant et de l’adulte. Je suis en train de mettre en place des ateliers destinés aux enfants de 5 à 13 ans avec une structure qui s’occupe d’enfants handicapés et deux écoles maternelles. Je vais donc effectuer un suivi de ces enfants en tant que musicothérapeute. En parallèle, je vais mettre en place, en collaboration avec la psychologue Myriam Ammor, des ateliers d’affirmation de soi pour enfants et adolescents. Et puis, toujours avec la musicothérapie, et grâce à mon passif de directrice des ressources humaines, je vais intervenir lors de team-buildings d’entreprises afin d’animer des ateliers pour libérer le stress, les non-dits, etc. Enfin, je vais bientôt aller effectuer un stage de six mois à l’hôpital Saint-Anne à Paris auprès d’enfants autistes, afin de renforcer mon expérience, et donc, ma crédibilité en tant que musicothérapeute.
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Interview recueillie par Marion Despouys

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