L’appart du 7ème
Casablanca je connais bien … J’aime sortir et mon boulot dans la com me la fait découvrir sous toutes les coutures…Je sonde les gens assez aisément et nourris l’espoir de tomber sur ma moitié …juste un mec sympa avec assez de jugeote pour me traiter en égale et assez de thune et de classe pour m’empêcher de payer l’addition… Rien de bien dément !
Envie de vous amuser? Alors suivez moi…
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Je vais devoir bientôt changer de nationalité …
Non, je ne râle pas ! je ne m’apprête pas à débiter des propos racistes ou à fustiger les flux immigrants qui contribuent à la croissance démographique de notre bien heureuse contrée. Je suis… Comment dire ? Tout simplement une femme amoureuse !
Dès que je l’ai vu, au premier regard… même pas besoin d’attendre pour sentir le feeling s’emparer de mes sens ! il crie mon nom sans même le dire et moi, qui suis raisonnable et calculatrice d’habitude, je veux foutre tout le monde dehors et m’enfermer dedans !
Lui, c’est l’appart de mes rêves, que j’aimerai et je chérirai jusqu’à ce que la mort (ou un bulldozer) nous sépare… Je ne veux que lui !
Une terrasse de 65 m² pour 75 m² habitables : vous me direz que je suis folle et je dirai ouiiiiiii ! suis folle de lui, je suis raide dingue, archi-amoureuse : j’en ai le cœur qui bat d’amour, de manque et d’angoisse ! si quelqu’un s’en vient à me le piquer, je l’assassine !
Ok, j’arrête.
Depuis que j’ai décidé de quitter la demeure familiale, où les parents se ramènent les week end et les jours de fêtes (et des fois inopinément et de manière fort incongrue), j’ai entamé une bonne démarche de recherche de mon âme sœur. Une maison est une coquille d’œuf en quelque sorte : on s’y sent au chaud, en sécurité et à l’aise… même déplumé, alors je suis prête à mettre le prix qu’il faut pour le standing que je recherche.
Je ne suis pas fille d’industriel ni chirurgienne plasticienne, mais je peux m’offrir un p’tit bijou le temps de dénicher la poule aux œufs d’or… le mec bien sûr !
Alors, je regarde sur le net, les annonces de particulier à particulier, les agences, je paie des semsars et des commerciaux, je consulte les concierges des immeubles avec pancartes de location… rien qui corresponde !
Soit que c’est trop cher pour ce que c’est, soit que la finition te renvoie au mauvais goût de certains proprios… alors quand on a le bonheur de tomber sur une perle de logement, on s’y agrippe comme à l’homme de sa vie ! et c’est comme ça que j’ai menacé de mort l’amie de mon collègue lorsqu’elle a manifesté le désir de lui reprendre son beau logis dès son déménagement.
Marc est l’artiste du groupe. Avec la permission de la proprio, il a transformé sa demeure en une toile vivante : coloris, mobilier, vitrage, jardin sur la terrasse… un paradis !
Lors d’une soirée après le boulot, il nous informe qu’il a l’intention de s’offrir la petite maison dans la prairie à Dar’b, loin de la cadence endiablée de la ville… silence mortel… on dirait que tout le monde a pensé à cet instant t à la même chose : l’apéro du soir sur la véranda du 7 ème !
En bons joueurs, on s’est tous gardés de se lancer à la chasse en plein dîner. Chacun de nous pensait qu’il trouverait le moyen d’isoler Marc un moment pour lui faire promettre la recommandation auprès de la proprio… tous, sauf Stéphanie : la chipie à peine débarquée de son village de Tourtour, qui veut s’emparer de mon futur bel appart, sans aucun scrupule ! elle crie sans attendre :
« géniaaal ! je prends ton appart ! »
Tout le monde était resté sans voix devant un tel affront… sauf moi… je ne suis pas sacré phénomène pour rien :
« Faudra me passer dessus d’abord… »
Oullah que je l’ai dit. Personne n’a rétorqué et Marc a toussoté pour qu’elle ne réplique pas…
Alors, deux semaines après, lorsque Marc déménage et qu’il me ramène voir l’appartement vide, je me sens emportée, heureuse d’être si près de mon but ! je ne changerai pas les couleurs ni toucherai au jardin. Je mettrai par contre d’autres meubles, à faire oublier à Marc, lui-même, qu’il ait déjà habité dedans !
Je sors de ma rêverie au timbre mélodieux de la sonnette : la proprio est là !
J’esquisse un sourire bon enfant pour me heurter à un visage… attendez que je trouve le mot : AHURI !
« Ah non ! Je ne loue pas aux marocains, moi ! »
Et Paf dans la gueule : je ravale difficilement mon bonjour… c’est la Stéphanie de Tourtour qui sera contente…
J’ai comme une désorientation spatiale : on est bien au Maroc, non ? et cette pimbêche à l’accent surfait est bien marocaine, non ?
Le pauvre Marc tente de lui expliquer alors que je suis une personne « de confiance », de « bonne famille » au « comportement civilisé »…
J’ai alors une soudaine envie de lui ôter son postiche à la mégère et lui crier au pauvre gars de garder pour lui son plaidoyer minable ! Je suis sa supérieure au taf, en plus !
O rage ! O désespoir !
Elle aurait demandé plus d’argent, elle aurait refusé de loger des célibataires ou les bombes atomiques comme moi, j’aurais gobé ! mais me refuser avant même que je ne dise bonjour : un délit de faciès on ne peut plus humiliant dans mon propre pays, par une compatriote… je préférerai presque me faire jeter au feu par un membre du Ku Klux Klan !
Je dévale les escaliers en colère et je pense déjà « Adieu mon amour » quand une idée de malade me vient à l’esprit : Qu’est ce qui empêcherait mon boss aux yeux bleus de louer l’appart et me le passer en logement de fonction ?
Je sors de l’immeuble en toute hâte après avoir fait promettre à Marc qu’il ne touchera pas un mot à Stéphanie de Tourtour.
En attendant de me pencher sur la question du racisme intrinsèque dans notre société, afin d’en saisir les raisons, je cours supplier mon boss suisse pour m’aider à embobiner Mme Benjelloune : ma futur propio à son insu…
A suivre…



