Hicham Lahlou: râleur, comique et romantique!

hicham lahlouLui, c’est le designer marocain qui s’est propulsé très tôt sous les feux de la rampe. A 26 ans déjà, en signant sa Koubba, le jeune homme a su attirer à lui estime, renom et reconnaissance. Il a 36 ans maintenant, son succès se confirme et sa notoriété s’épand : Est-il tombé, enfant, dans la marmite du druide ?

Demandez-lui la clé de sa réussite et il vous résume avec le sourire.

« Mon père, ma femme et ma koubba. »

Le triptyque de la gloire sonne plutôt bien, mais encore Hicham !

Sur les photos, il prend souvent des mines pensives, des poses étudiés et des airs de conquérants. Les colonnes qui se dressent à côté sont souvent élogieuses, impressionnées, impressionnantes et surtout révérencieuses.

On est loin de se douter que Hicham Lahlou prend souvent un accent à la Gad pour railler les clichés bien de chez nous, ou qu’il a le sourire timide quand il parle de sa femme. Et partant du principe que c’est l’homme qui fait le succès et non le succès qui fait l’homme, Casawaves a interviewé l’homme pour sonder la personnalité du célèbre designer, le mettant à l’aise pour le piéger à ses propres dires et le compromettre dans des confidences ou des engagements.

Casawaves : on a compté sur la fortune de papa pour percer ?

Hicham : mon père était fonctionnaire honnête, qui a gravi les échelons doucement toute sa vie. Il s’est battu pour m’offrir l’opportunité d’aller vers ce que j’aimais, mais m’a surtout inculqué des valeurs pour pouvoir grandir et affronter la vie… la vie n’est pas simple.

Casawaves : ça veut dire qu’on réussit grâce au talent seul au Maroc ?

Hicham : pas seulement non ! J’insiste sur les valeurs humaines. Car si j’ai séduit des grosses pointures dans mon domaine, c’est parce qu’il y a eu échanges, feelling et accord sur des valeurs universelles… le talent est indispensable mais également la générosité et le don de soi. Ce sont là des choses qui ne s’expliquent et ne se monnayent pas. Puis il y a le travail, lorsqu’un créateur fait preuve de générosité et qu’il travaille plus que les autres, il est clair qu’il va percer… comme je dis toujours, si tu veux être Aouita cours !

Pour hicham, la vie est faite de coïncidences dont de bien heureuses ont parsemé son parcours.

« D’abord ma femme que j’ai rencontré à 21 ans… je suis fidèle aux idées, fidèle aux rencontres, fidèle aux amitiés (rire)… elle m’a soutenu depuis toujours ! Sans elle je n’aurais pas connu de succès et j’en suis reconnaissant. Après il y a eu des personnes avec qui l’entente s’est installée au fil de la discussion… je n’avais pour les convaincre que ma spontanéité et ma culture… c’est ainsi que des boîtes comme Lip, Airdiem ou Aquamass ont fait appel à moi, c’est pour ça que Navarro écrit un livre sur mon parcours : grâce aux rapports humains, au travail acharné et rien d’autre ! si seulement les choses étaient aussi simple au Maroc ! »

Même avec sa notoriété indiscutable, le designer avoue que rares sont les mains qui se tendent pour aider le créateur marocain.

Casawaves : Et pourtant, des projets comme l’aménagement urbain d’Agadir, le projet Tamuda Bay du plan Azur ou les abribus à Rabat, prouvent grandement la confiance qu’on t’a accordée : éternel insatisfait ?

Hicham : Absolument pas ! Des gens qui veulent le bien du pays à travers la promotion des potentiels locaux existent et sont bel et bien décidés à nous épauler, ils ont cru en moi et sont prêts à aider d’autres que moi à coup sûr… sans eux, la valeur ajoutée marocaine n’existera jamais.
Malheureusement, d’autres subissent encore le complexe de l’étranger. Pour eux, faire appel à la signature marocaine représente une perte, alors que leur union fera la force des deux partis, au contraire : l’œuvre portera la griffe du créateur et le créateur sera la référence de l’œuvre…

Casawaves : tu n’es tout de même pas un anonyme ! Ta Koubba a fait le tour du globe et a été acquise par le Wereld Museum de Rotterdam. Pourquoi une théière en fait ?

Hicham : c’est ce que tout le monde me demande (rire)… c’était une idée comme une autre, j’ai pensé à matérialiser l’art de servir marocain et la théière en est le symbole même. Après le succès mondial qu’elle a eu me dépasse, je ne l’avais pas prévue et je ne peux qu’être reconnaissant à cet objet de faire ma célébrité.

koubba

Casawaves : et ça ne te monte pas trop à la tête tout ça ?

Hicham : non, je n’ai pas le temps ! J’ai une vie remplie et des objectifs à atteindre… alors oui, je suis émerveillé par le succès que j’ai déjà à cet âge, mais tel un sous-marin je préfère tracer en profondeur… je ne sors en surface que pour faire du repérage (rire)…

Pour ne pas assombrir le destin du design au Maroc, Hicham Lahlou met ses lunettes roses et rassure les jeunes quant au futur de la discipline. Le ministère de l’artisanat ayant intégré le design dans son programme, le marocain peut désormais aspirer à un paysage urbain beau et typique.

« le marocain adore le design ! Depuis sa tasse de café à son portable, en passant par le sac à main ou la voiture, il est friand de tout ce qui est beau et il a droit à un environnement visuel à la hauteur de son goût.
De ce fait, j’encourage les jeunes qui se sentent l’âme créatrice de persévérer. Le Maroc est une pépinière de talents qu’il faut savoir cultiver et explorer. Le domaine commence à connaître un bel essor, rien que ne laissez pas tomber !»

Casawaves : tu aiderais des jeunes à se découvrir un talent ?

Hicham : je suis ouvert à tout ! J’irais même loin : j’ai envie de détecter parmi des enfants en situation précaire, dans des associations ou autre, des jeunes pousses de designers. C’est un projet qui me passionnerait et je suis ouvert à toute proposition allant dans ce sens.

Casawaves : c’est réalisable. On prend rendez-vous à ton retour de ta tournée !

Hicham : complètement open !

Casawaves : et si tu n’avais pas été designer ?

Hicham : j’aurais été comédien ! j’ai longtemps entendu les gens me dire : Fo que TI sois médecin, Fo que Ti sois avocat ! mais j’étais pas dans le cadre… alors que les délires avec les cousins, les imitations ça me branchait clairement. Ça aurait probablement été le théâtre… quelque part toujours pour la même raison : le contact avec les gens. C’est mon véritable moteur …

Aller plus loin :
- http://www.hichamlahlou.com/
- Exposition Hicham Lahlou pendant tout le mois d’octobre à la Villa des Arts de Casablanca

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