Sans remettre en cause l’idée du mariage, certains célibataires décident d’en repousser l’échéance pour se donner le temps de choisir.
« Le célibat choisi est très rare et quasiment jamais définitif, chez l’homme comme chez la femme. » Selon Sanaa Elaji, journaliste et sociologue, le célibat est un état « provisoire » découlant de l’absence de relation sérieuse permettant à l’individu de se projeter dans l’avenir. Elle nous explique ainsi que : « On l’observe chez une minorité ayant eu accès aux études supérieurs, acquis une certaine indépendance et une qualité de vie leur permettant de temporiser leur engagement, en vue d’un meilleur choix. »
Chez cette catégorie minoritaire, assez présente dans les grandes villes, le poids de la société pèse beaucoup moins que chez les autres… La majorité baignant dans un environnement culturel et religieux est plutôt défavorable à l’individualisme. Le mariage étant perçu comme le gage d’un comportement social correct et comme une garantie d’absence d’écart de conduite.
La pression se fait ressentir très tôt chez les filles. Horloge biologique dit-on pour rappeler le déclin de la fertilité de la femme avec l’âge, l’incitant ainsi à entrer dans le cadre légal pour pouvoir s’épanouir sexuellement et assurer une progéniture… Ceci implique également que plus elle avance en âge, moins la société lui permet le « caprice » de choisir son partenaire. Sans parler de sa dépendance aux propositions de l’homme, car même dans les sociétés émancipées, la demande en mariage reste une initiative masculine.
Chez l’homme, la pression se fait moindre car, longtemps avantagé par les cultures ancestrales, sa vie sexuelle en dehors du cadre légal est tolérée voire encouragée dès son adolescence (argent, préservatif, liberté de découcher…). Ceci dit, une légère pression existe plus tardivement, pour acquérir un statut d’homme sérieux et respectueux de la tradition.
« Chez l’homme, les raisons du célibat sont différentes. Toujours temporairement, l’homme peut faire partie de la minorité qui préfère choisir son partenaire, ne tenant pas compte du poids de la société ; autrement, ce sont souvent les problèmes d’ordre économique qui sont à blâmer », explique Sanaa Elaji.
Mariage vs celibat
En gros, le célibat n’est pas confortable, donc jamais choisi, du moins définitivement. D’autant plus que le mariage est le garant du respect de la société. « Le célibat est louche ! » disait le sociologue Abdessamad Dialmy dans un entretien pour Maroc Hebdo (le féminisme au Maroc vu par A. Dialmy – Maroc Hebdo – vendredi 16 janvier 2009).
Dans les pays développés, où l’institution maritale ne conditionne ni la vie de couple ni la parentalité, le célibat puise sa raison d’être dans l’exigence d’une haute qualité de rapports humains.
La sociologue détaille ainsi les spécificités de la situation marocaine : « L’amour et la complicité sont plus exigés ailleurs, parce que l’engagement est moins conditionné. Au Maroc la stabilité prime parce que le confort matériel reste une des raisons principales de la vie commune. Ce qui augmente encore plus la fréquence des mariages de raison. »
Ainsi l’étude faite par Mohamed Ayadi, Hassan Rachik et Mohamed Tozi « l’Islam au quotidien » publié chez Prologues en 2007, mets en lumière les critères de choix du conjoint. Pour les femmes, le travail arrive en tête avec 62,5% ; puis vient la religion 34% ; l’argent et la richesse 9,9% ; le sérieux 5,6% ; les mœurs 2,5% ; et enfin la descendance 0,9%. Les critères masculins sont plus d’ordre moral : la religion prime avec 51,5% ; puis la descendance 12,5% ; le sérieux 11,5% ; le travail 9,7% ; les mœurs encore en dernier, l’argent… et enfin qu’elle soit une bonne ménagère 1,2%. La stabilité matérielle prime pour les femmes et la moralité pour les hommes, chacun cherchant dans le mariage ce qui manque à sa vie de célibataire.
Finalement, le célibat au Maroc n’est perçu que comme une période de transition pré-mariage, certains s’accordant le luxe de prendre le temps de mieux choisir leurs compagnons de vie. Dans ce cas là, quid de la sexualité avant le mariage ?