Ça couche avant le mariage !

Bien que les rapports sexuels soient répréhensibles pour les deux sexes, ni la religion ni la loi ne semblent arrêter les Marocains dans leur quête du plaisir.  Face à une société bien plus permissive pour les hommes, les femmes choisissent de contourner les règles afin de « jouir » d’une certaine liberté.

« Les filles affranchies et les hommes se souciant peu de la virginité de leurs futures femmes représentent une minorité dans la société marocaine. Mon mémoire de master a porté sur les rapports sexuels chez la femme avant le mariage et je peux vous assurer que les marocaines ne se privent pas ! » Sanaa Elaji sait de quoi elle parle, son étude est un des rares travaux en sociologie portant sur le sujet. Elle est affirmative sur la question, du simple baiser à la fellation ou encore à la sodomie, le plaisir est peut-être tu, mais il est bel et bien consommé au Maroc.

« Tout ce qui ne laisse pas de trace est bon à pratiquer, l’hymen étant considéré comme un bien de valeur à céder contre un engagement à vie. » explique-t-elle. Quitte à en jouer… « Il en découle des pratiques « crapuleuses » de la part de femmes qui font du chantage avec leur vertu. Beaucoup de filles usent de leur virginité comme un moyen pour se marier. Elles s’adonnent à des libertés sexuelles extra-vaginales avec des hommes qui ne sont pas « des bons partis ». Elles se gardent de se lâcher ou d’étaler leur passé face aux « ould ness » auxquels elles réservent leurs précieux hymens ».

Au pire des cas, la réfection hyménale est possible ou mieux encore : l’hymen artificiel made in China !

Religion et société

« Contrairement aux hommes qui ne se sentent pas coupables de « péché », les femmes font l’amalgame entre société et religion. Une fille m’a révélé que jusqu’à l’âge de 14 ans, elle pensait que les rapports sexuels hors mariage étaient prohibés pour les femmes seulement ! » s’étonne la sociologue.

Pour contrer ce sentiment de culpabilité, chaque femme trace ses propres lignes rouges et se permet de juger celles qui les dépassent. La non vierge méprisée par la vierge ; celle qui pratique la sodomie ou la fellation méprisée par celle qui n’ose pas encore ; celle qui couche honnie par celle qui se suffit de baisers… Les femmes se recréent un système de valeurs personnelles qui excluent celles qui n’en font pas partie.

Mais reconnaître le droit d’avoir une vie sexuelle aux hommes comme aux femmes ne permettrait-il pas de se libérer de cette schizophrénie ?

Pour la sociologue, « reconnaître à la femme son droit d’avoir un passé amoureux ne risque pas de susciter plus de « débauche ». L’abolition des lois jugeant les rapports sexuels hors mariage ne va pas pousser la femme à pratiquer sa sexualité si elle ne le faisait pas avant. Mais cela va permettre à une grande majorité de s’épanouir sans avoir la hantise de se faire arrêter ou de se faire taxer de femmes sans mœurs. »

La faute à ma mère !

L’éducation sexuelle dans les écoles pourrait contribuer à changer les mentalités, mais le plus gros du travail se passe au sein du foyer familial. La sociologue revient en effet sur la transmission des valeurs avec un principe de Bourdieu, « l’habitus », qu’elle applique aux femmes. Cela permet de comprendre que le poids des habitudes. Les us et coutumes leurs ayant longtemps été défavorables, les mères vont inculquer le même schéma à leurs progénitures : même discrimination sexiste, même soumission aux règles, voire même complicité d’hypocrisie sociale.

Ce n’est pas pour rien qu’une des citations préférées de Sanaa Elaji est celle de Simone de Beauvoir quand elle dit : « Une des malédictions qui pèse sur la femme, c’est que, dans son enfance, elle est abandonnée aux mains des femmes ». C’est en effet les mères qui sont responsables de l’éducation morale des enfants.

Et à la sociologue de conclure : « C’est donc aux femmes de mettre fin à ce malaise dont elles ont souffert et auquel elles risquent de soumettre leurs filles. Ceci n’est pas une incitation à la débauche mais un appel à la sincérité. Une communication sans crainte et un rapport de confiance : voilà ce dont ont besoin les marocaines ! »

Mesdames à vous de jouer…

Articles du dossier Célibat :
- Célibat (vraiment) choisi ?
- Célibataires à Casablanca : 3 témoignages masculins
- Célibataires à Casablanca : 3 témoignages féminins

Cette entrée a été publiée dans Société, avec comme mot(s)-clef(s) . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.