Après Amo Ben : l’artiste caméléon (1/2)
2ème partie du portrait d’Amo Ben.
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Native de Casa, Amo porte l’amour de cette ville au plus profond de son être… « le stress est monstre, la vie t’entraîne dans l’effervescence de son quotidien mais il y a les gens… et c’est l’être humain qui fait sa ville… mon entourage est hétérogène et ça constitue ma richesse à Casa… »
Derrière son binocle de styliste, elle perçoit à Casa une mode imposée… sans attitude vestimentaire particulière, les casaouis subissent le flux mondial et le prennent tel qu’il leur parvient, qu’il corresponde ou pas à leur identité et à leur mode de vie.
Casawaves : c’est qu’il faut l’instaurer alors cette mode locale !
Amo : effectivement, le but de Festimode était de lancer une mode locale loin de l’aspect artisanal… la mode marocaine est, selon les dirigeants du festival, le labeur de talents marocains et non la touche orientale artisanale façon caftan… même qu’il était presque proscrit, puisqu’inutile, d’avoir recours à ce genre de rappel identitaire … ce qui m’a ôté un poids énorme, pour dire vrai, et m’a procuré une légèreté ainsi qu’une liberté de travail…
CW : est ce que Casa a une identité ? Si oui elle ressemble à quoi ? et voudrais-tu la créer ?
A : Casa est un univers de cultures, d’entités et de choix… il serait vain de tenter de cerner sa diversité pour en trouver l’essence… cependant, elle a déjà une identité architecturale imposante et assez bien définie… je pense qu’il est plus aisé d’essayer de s’en inspirer pour trouver la Casa-touch qui ne sera pas forcément représentative d’une majorité mais plutôt adoptable par la plupart… et oui j’aimerais bien participer à ce travail…
CW : tu pourrais trouver les coloris de la métropole ? L’accessoire qui serait, à l’image du béret français, le pantalon havanais ou la chemise hawaïenne, typique de Casa ?
A : c’est un travail à faire, pas aisé mais qui me parle sérieusement… je pense qu’on devrait être plusieurs à participer à ce projet, rassembler divers perceptions de ce que pourrait être la Casa-touch ne pourrait être que bénéfique !
Personnellement, j’ai toujours bien travaillé dans une équipe, durant ma formation comme dans mon travail. Un travail en groupe est indispensable, la synergie booste les talents et les influences enrichissent le travail …
CW : tu sais prendre des risques ?
A : je crois que je ne calcule même pas le risque (rire)… Non pas par naïveté mais par besoin viscéral d’explorer… je suis donc prête à tomber pour me relever et prendre un nouvel élan…
Pourtant, Amal reconnaît qu’elle ne refuserait pas un coup de main ; un soutien, ne serait-ce que moral, serait le bienvenu… l’ouverture à la nouveauté et à la différence ne lui faisant pas défaut, elle estime également qu’une interaction avec des modèles marocains ou étrangers ferait complément à son apprentissage…
Le Festimode fait, certes, une jolie broche sur son étoffe, mais le manque de communication sur son travail a posteriori dégage une légère amertume dans le ton d’Amo…
CW : pour réaliser tes rêves actuellement qu’est-ce qui te manque ?
A : de la communication ? De la demande ?
CW : et qu’est-ce que tu offres ?
A : un travail créatif, un style adapté au marché local… plein d’idées en tête et une envie d’innover !
CW : et si tu devais préciser tes besoins immédiats ?
A : un atelier pour travailler, des moyens financiers loin d’être excessifs, et un soutien moral pour mes débuts…
La motivation et la volonté dégagées de son ton sont à peine cachées par son sourire lumineux. Malgré son air serein, tout en Amo trahit sa combativité, son acharnement et son féminisme.
Quelques semaines après la commémoration des 10 ans de règne de Sa majesté Mohamed VI, un commentaire D’Amal nous révèle son apolitisme latent : « je ne suis pas politique, mais je peux avancer qu’en 10 ans il y a eu un acquis certain dans le domaine de la liberté d’expression ou des droits de la femme… pour notre grand bonheur ! »
CW : Amo n’est donc pas une artiste engagée ?
A : 100% apolitique. Je suis totalement retranchée dans mon monde, même si je conçois que l’art a toujours interagi avec la politique… des mouvements culturels ont révolutionné bien de régimes et de pays, mais on n’a jamais réussi à m’intéresser à la chose politique…
CW : est-ce que ton apolitisme aurait un remède ? tu pourrais t’engager pour soutenir une cause juste ? un candidat de confiance ?
A : difficile de me convaincre mais si j’arrive à avoir confiance, je le concède !
CW : dernière question complètement à l’ouest : que penses-tu des casablancais (les hommes)?
A : très différents les uns des autres ! Il y a de tout ! Ça fait sa richesse et son embarras à Casa… (rire)
Avant de boucler notre agréable entretien, une dernière question pour décrocher le sourire :
CW : tu es sur les premières marches de l’échelle… le sommet, tu y crois ?
A : OUI !
Bonne chance Amo !