Mali : le dilemme des modérés

« Et moi qui me pensais à l’abri du choix … »

Je suis une citoyenne lambda, une marocaine moyenne qui se noie dans une masse majoritaire de modérés pacifistes qui aiment leur pays, soutiennent la monarchie et pratiquent leur religion comme ils peuvent …

Je suis une jeune apolitique qui ne ressent pas le besoin de débattre ou de polémiquer autour des grands sujets de la société, mais qui suit les mouvements et l’évolution de la société avec tantôt inquiétude, tantôt satisfaction …

Lorsque des amis militants engagés se mettent à parler de la chose politique au Maroc, je me tais en espérant qu’ils changent de sujet… non que le sujet ne m’intéresse pas, mais j’ai, encrée en mon ADN, une angoisse : celle de ne pouvoir prendre position, un sentiment engendré non pas par immaturité mais par peur ancestrale !

On est des millions de marocains à ne pas adopter de discours précis, à nous contenter de regarder d’un bout à l’autre des parties de ping pong de médias et de partis à la position totalitaire. Extrêmes, voire extrémistes, les uns comme les autres se disputent notre appui, nous tiraillant vers un côté ou l’autre…

Pourtant, dans l’intervalle des deux pôles il existe des milliers d’intermédiaires correspondants à autant de positions plus ou moins modérées… et pas une voix médiatique ne s’élève pour prendre la parole au nom de ce Maroc muet.

Avant, quand le ballottement de mon esprit entre les positions prises de l’élite me faisait violence, me filant la migraine, je n’avais qu’à me secouer la tête pour faire le vide, avec un haussement d’épaule signifiant : ou ana « MALI » ? (traduction littérale : et moi « qu’est-ce que j’ai » ?… traduction littéraire : qu’est-ce que j’en ai à foutre !) …

Drôle de coïncidence ! Ma phrase fétiche reviendrait à soutenir un groupe de jeunes rebelles qui ont tenté maladroitement de relever un débat pour se retrouver dans de sales draps…

Ce matin, en ouvrant ma page facebook, je sens l’étau se resserrer sur mon abstention : deux invitations de deux personnes pour lesquelles j’éprouve amitié et respect… l’un brandissant son athéisme en en assumant toutes les conséquences et l’autre musulman non intégriste mais convaincu de son idéal religieux.

J’ai pensé immédiatement à prendre la tangente, ignorer les deux groupes et vaquer à mes occupations peu contraignantes…

Pourtant j’ai hésité…

Et si je devais choisir ? Quelle voix transmettrait l’écho de ma pensée modérée ? Quelle voie me ramènerait vers la paix que je cherche, et que j’ai toujours trouvée en m’abstenant de faire des choix justement ?

Eh bien, devant l’image figée des invitations facebook, je suis arrivée à faire UN CHOIX aujourd’hui: celui de rejeter les discours jusqu’au-boutistes et de parler pour ma personne et pour des milliers de personnes partageant mon avis.

J’espère qu’il y aura une dizaine, voire un millier d’avis différents, pas forcément contraires, sur toutes les questions de l’actualité. J’espère que des voix émergeront pour parler au nom de ce Maroc silencieux, qui par son abstention de s’exprimer, met en avant des discours qui ne correspondent pas à la réalité du marocain lambda.

J’espère surtout que ce marocain pacifiste se mette dans un véritable embarras … du choix.

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